Un territoire, plusieurs identités 2017-05-29T11:00:50+00:00

Un territoire, plusieurs identités

Le boulevard de la Chapelle fait partie du réseau de voies dites des Fermiers-Généraux, qui ont remplacé vers 1864, l’enceinte du même nom correspondant aux limites du Paris de 1789. Outre la création d’un réseau périphérique doté de transports en commun (tramway), la vocation initiale de ces boulevards et de leur terre-plein central planté, était d’offrir aux Parisiens un espace continu de promenade.

Entre 1902 et 1904, la construction du métro vient remplacer les lignes de tramway devenues caduques. Dans le secteur qui nous intéresse, entre Barbès et Stalingrad, est construite la ligne 2 du métro en aérien. Le traitement architectural de l’ouvrage est un témoignage des nouvelles techniques constructives et de la recherche de monumentalité propre à l’ingénierie de l’époque. Sa conception était donc étroitement liée à celle des espaces publics environnants, qualifiés par ce monument de modernité. Ainsi, l’espace urbain, l’ouvrage linéaire et les stations aériennes du métro doivent être appréhendés de façon globale. Avec l’essor de la voiture, ainsi que la dissociation de la gestion des transports en commun et des espaces publics, cette vision globale a été fortement remise en cause. Aujourd’hui, la prédominance automobile restreint les espaces dédiés aux piétons. Devant le fort encombrement et la fragmentation des espaces publics, qui entravent les cheminements piétons, cette artère est vécue comme une coupure urbaine entre les 10e, 18e et 19e arrondissements.

L’axe jouit néanmoins d’atouts importants, dont sa situation stratégique aux échelles métropolitaine et locale. Le quartier reçoit 665 000 voyageurs quotidiennement via ses gares. Il bénéficie aussi, par la présence de l’hôpital Lariboisière, d’un équipement de santé important. Le Sacré-Cœur, la butte Montmartre, ses artistes et son histoire forment un pôle touristique majeur de la capitale qui participe au rayonnement francilien et à la visibilité internationale du lieu, tout comme le bassin de la Villette et le 104. Par ailleurs, le marché Barbès, qui s’installe 2 fois par semaine sous le viaduc entre la station Barbès et le carrefour Maubeuge, est un pôle d’attractivité fort, bien que source de nuisances.

Le boulevard structure le fonctionnement de la vie urbaine du quartier (métro, commerces, services). Il profite aussi de la proximité d’acteurs culturels dynamiques (Bouffes du Nord, Centre Barbara, Louxor) et de nombreux équipements scolaires.

L’encombrement de l’espace sous le métro aérien empêche de porter un regard dans l’axe du boulevard et dissuade de l’emprunter comme une promenade. Il contraint les flux piétons et induit des espaces résiduels, dénués de flux et d’usages, qui invitent à l’appropriation par des pratiques marginales. Les piétons n’osent ni emprunter, ni franchir le terre-plein, et restent sur les trottoirs latéraux de trois mètres, devenus trop étroits car grignotés par les étals des commerces, les livraisons fréquentes et les nombreux regroupements de personnes devant les boutiques.

Au niveau du carrefour de la Chapelle, c’est la question de la sécurité des piétons, cyclistes et autres usagers que posent chaque jour l’encombrement de l’espace et le trafic automobile. L’espace, inconfortable, n’est qu’un lieu de passage et un carrefour routier. Cela lui confère une faible mixité d’usages et d’usagers. Par ailleurs, les nuisances (bruit et pollution) influent sur la qualité de vie des habitants.

La linéarité du boulevard et la présence du métro aérien, fort marqueur identitaire et historique du lieu, sont des éléments qui constituent un potentiel majeur de revalorisation du secteur. Les tissus urbains et les séquences diverses qui se juxtaposent, avec des éléments en deuxième plan de grande échelle (Gare du Nord et l’Hôpital Lariboisière, par exemple), situés sur un relief plus en hauteur (comme la basilique Sacré Cœur) ou à l’horizon (comme le Grand Stade), confèrent à ce territoire de Paris une identité spatiale multiple qui correspond bien avec la richesse culturelle qui la caractérise. La promenade urbaine devrait exprimer et mettre en valeur ce territoire parisien marqué par un patrimoine d’exception et enrichi par plusieurs identités urbaines rassemblées et harmonisées par l’aménagement futur.